Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

Olivier Sedeyn à propos de La persécution et l’art d’écrire : la thèse de l’ouvrage

Page dédiée au livre

2003 – éditions de l’éclat

Note de bas de page n°5 (page 9s) :

Disons dès maintenant que la thèse de cet ouvrage peut être présentée de la manière suivante.

1) Il est nécessaire, pour parvenir à l’intelligence de certains textes du passé classique et moderne, de faire l’hypothèse que leurs auteurs ont «caché» leurs opinions les plus profondes derrière l’apparence d’opinions orthodoxes ou d’une hétérodoxie encore tolérable (nécessairement variable); la cause prochaine d’une telle écriture «ésotérique», ou d’un tel «art d‘écrire », est la persécution, l’interdiction de la recherche indépendante par laquelle se définit la philosophie (Cf. à ce propos infra, p. 36-42). Si Maïmonide dans son Guide, Halévi dans son Kuzari et Spinoza dans son Traité théologico-politique en sont de remarquables exemples, il ne fait aucun doute pour Strauss que cette pratique d‘écriture remonte à Platon (voir à ce sujet Sur une nouvelle interprétation de la philosophie politique de Platon [éd. Allia, Paris, 2003), qui donne entre autres choses des règles pour la lecture des dialogues de Platon).

2) Cependant, Strauss nous fait également entendre qu’il se pourrait bien que cette situation de persécution potentielle soit la manifestation de la condition naturelle des rapports entre philosophie et politique, c’est-à-dire entre la philosophie et les autres hommes. Il nous conduit ainsi à nous demander si l’harmonie apparente que connaissent les sociétés démocratiques libérales, et qu’elles connaissent seules, n’est pas plus de l’ordre du discours que de l’ordre des faits. Il est bon de se souvenir que cette persécution existe ailleurs encore de nos jours, et, si le nazisme n’existe plus, et le communisme réprime encore dans certains pays la libre expression de la pensée, en outre, qui pourrait croire que l’islamisme radical regarde la philosophie d’un oeil bienveillant?

Assurément, il n’y a pas de persécution dans les démocraties occidentales. La philosophie y est même largement «publique». Cela signifie-t-il que tous les membres de ces sociétés vivent rationnellement et n’ont peur d’aucune vérité? Il semble bien qu’il faille réviser à la baisse un certain nombre de prétentions concernant la diffusion des lumières. Il semble bien que «cela résiste» et que cette résistance est peut-être constitutive de la nature humaine. En d’autres termes, en nous rappelant que les classiques et mêmes les grands philosophes modernes que sont Hobbes, Spinoza ou Rousseau, ne se faisaient pas d’illusions sur la possibilité de combler la distance entre les philosophes et le peuple, Strauss nous contraint à nous demander s’ils n’avaient pas raison. Ce n’est donc pas seulement en période de persécution que l’art d‘écrire se révèle nécessaire.

3) Mais aussi, l’art d‘écrire est peut-être nécessaire non seulement à cause du contexte politique de la philosophie, mais à cause de la nature même des problèmes fondamentaux et de la recherche de la vérité à leur propos. Cela implique que la transmission de la philosophie ne peut s’accomplir sans des stratagèmes dialectiques permettant à la fois de sélectionner les élèves et de les dégourdir. C’est, en quelque sorte, les «règles» de l’esprit de finesse, dont les principes ne sont pas «palpables et gros».

tags: , , , , , , , ,

---