Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

La méthode psychanalytique appliquée aux groupes.

Extrait du chapitre 2, L’imaginaire dans les groupes,
du livre Le Groupe et l’Inconscient

Didier Anzieu

1999 – Dunod

Première édition en 1975

L’apport de Bion

La méthode psychanalytique, appliquée aussi bien aux groupes réels qu’aux groupes psychothérapiques, a permis de mettre en évidence et d’explorer la dimension de l’imaginaire dans les groupes. L’apport de l‘école psychanalytique anglaise, essentiellement constituée par des disciples de M. Klein, travaillant au Tavistock Institute et à la Tavistock Clinic de Londres, a été décisif.

L’expérience pilote semble avoir été celle de Bion (1961), psychiatre militaire anglais pendant la Deuxième Guerre mondiale. Bion avait la charge d’un hôpital de 400 hommes qu’il était impossible de traiter individuellement et chez qui régnaient l’indiscipline et l’anarchie. Il a idée de voir là une situation psychanalytique, où le patient est une communauté, de considérer l’attitude des soldats comme une résistance collective, d’adopter l’attitude de non-intervention de l’analyste dans cette réalité et de se limiter aux seuls rapports verbaux. Son but est de contraindre la collectivité à prendre conscience de ses difficultés, à se constituer proprement en groupe et à devenir capable de s’organiser elle-même. Bion promulgue un règlement devant tous : les hommes se réuniront par groupes ayant chacun pour objet une activité différente ; chaque groupe est libre, à tout moment, de cesser son activité et de regagner la chambrée, à condition d’en faire la déclaration à la surveillante-chef; la situation d’ensemble sera examinée tous les jours à midi. Après une période d’hésitation, due aux habitudes régnantes, et au doute sur la bonne foi du médecin, des essais réels se multiplient au point qu’un groupe peut se spécialiser dans l‘établissement du diagramme des activités en cours dans les autres groupes. Bion dénonce au début, dans leurs propres actes, l’inefficacité dont ils accusaient l’armée ; il refuse d’intervenir dans les affaires de vol et de tire-au-flanc, renvoyant les problèmes à eux-mêmes. Un esprit de corps se développe par étapes : protestations collectives contre les tire-au-flanc, recherches d’activités relevant le sentiment de la dignité personnelle, départ rapide des réadaptés. À son tour, cet esprit s’impose aux nouveaux venus et agit sur leur évolution personnelle.

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