Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

Un entretien avec Bob Connolly

Un article de Catherine Humblot

Date inconnue

pour les documentaires Les Voisins de Joe Leahy,
Premier contact
et Récolte sanglante.

Peut-on revenir aux origines de cette trilogie, à Premier contact, en 1982 ? Que faisiez-vous à l‘époque?

— Je travaillais pour la chaîne australienne ABC, explique Bob Connolly. J‘étais journaliste, documentariste et producteur. J’avais une quarantaine de films derrière moi quand j’ai décidé, en 1978, de devenir cinéaste indépendant. Robin revenait des États-Unis où elle avait fait une maîtrise en sociologie. On s’est rencontré et on a eu envie de faire des choses ensemble.

Un de mes amis faisait une émission à la radio sur l’engagement de l’Australie en Papouasie-Nouvelle-Guinée. J’ai réalisé une chose dont on a peu conscience en Australie. On sait qu’on est une ex-colonie, beaucoup moins qu’on a été un pouvoir colonial. On a pourtant occupé un pays qui est passé d’une civilisation de « pré-contact » à l’indépendance. C‘était pour nous un bon sujet de film. Robin a commencé à faire des recherches très larges en Nouvelle-Guinée. Mais elle revenait toujours au même événement. Si l’administration coloniale de l’Australie ressemblait fort à celle de la Grande-Bretagne, il y avait en revanche un fait absolument unique, la rencontre des premiers explorateurs avec des tribus inconnues. On a mis du temps à réaliser qu’il existait, peut-être pour la dernière fois au monde, des témoins capables d’en parler. C’est ainsi qu’est né Premier contact.

L‘écriture de ce film est très différente des suivants

Premier contact est un documentaire pour la télévision. La méthodologie, la musique, le montage, tout est fait selon les normes de la télévision. Les équipes coûtent cher, on travaille donc avec une certaine précipitation. C’est pourquoi on a décidé d‘écrire un livre. On a passé deux ans à compléter nos recherches en Nouvelle-Guinée, à lire tout ce qui existait, à faire des interviews. Ce travail a eu un impact profond, non seulement sur notre façon d’approcher un sujet, mais aussi sur la façon de tourner. Intellectuellement, on a commencé à penser un peu moins en termes d’impérialisme, de victimes, et davantage en termes d‘étude d’un processus.

On voulait faire un film sur la Nouvelle-Guinée contemporaine. Joe, le fils naturel, métis, de Michael Leahy, commençait juste d’installer sa plantation de café sur des terres achetées aux tribus qui vivaient autour de lui. Dans la relation entre lui et les Ganiga, on avait potentiellement, en microcosme, le choc qui se produit entre des cultures très différentes. Une société tribale face à l’influence occidentale. Les Australiens ont plaqué une « coquille » d’institutions (police, lois, argent liquide, notion d’achat et de vente de terrains…) puis ils sont partis. On est allé s’installer en Nouvelle-Guinée, au bord de la plantation de Joe, et on a attendu de voir ce qui allait se passer. Ce fut les Voisins de Joe Leahy.

tags: , , , , ,

---