Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

Élève bouc émissaire - Les adultes en question

Nellie Pons

Le quotidien du médecin
Lundi 2 avril 2007

Des adolescents en quête d’identité, des parents démissionnaires, des enseignants impuissants, un cocktail explosif qui justement n’explosera pas, le bouc émissaire est là, remplissant, en victime ignorée, son rôle expiatoire, régulateur de la violence, révélateur du dysfonctionnement collectif. Un colloque, qui a réuni psychiatres, médecins scolaires, proviseurs et enseignants, s’est penché sur cette violence scolaire exercée en secret, subie en silence par un enfant isolé, l‘élève bouc émissaire, et propose une analyse en profondeur des mécanismes sous-jacents qui permettent un tel phénomène.

DE L’ANTIQUITÉ au collège d’aujourd’hui, la fonction du bouc émissaire est la même. « Lorsque le minaret s‘écroule, on pend les barbiers. » Présent dans les proverbes arabes comme dans les rites expiatoires des Hébreux, on le retrouve tout au long de l’Histoire, lorsque les groupes minoritaires sont jugés responsables des famines et des grandes épidémies, du capitaine Dreyfus aux femmes tondues en 1945, le bouc émissaire est une personne sur laquelle on fait retomber la faute des autres : « Au “tous contre tous”, le bouc émissaire substitue un “tous contre un” ; cela permet de canaliser violence et cruauté. Il est le responsable qui permet d’exprimer la vindicte populaire, la colère et la violence d’une population. » Selon le Dr Ivan Caratachef, médecin conseiller technique au rectorat de Paris, l‘élève bouc émissaire (on devrait presque dire le collégien bouc émissaire car c’est en classes de troisième et de quatrième que l’on rencontre principalement ce phénomène) n‘échappe pas à ce rôle. « C’est un phénomène caché, qui vise à dévaloriser, à isoler l’enfant choisi pour cible, afin qu’il ne résiste plus et se sente coupable. Alors, le plan a réussi. »

Jean-luc Jesne, proviseur à Nogent-sur-marne, raconte le calvaire de ces enfants.

Alain est en sixième, manque de confiance en lui, il multiplie les maladresses de comportement pour se valoriser aux yeux de ses camarades, il ne fait qu’augmenter leur hostilité qui se traduit en brimades quotidiennes et accroît son isolement. La classe est réunie, des explications sont demandées, certains reconnaissent qu’ils prennent en grippe Alain et expliquent pourquoi. D’autres refusent, mais l’abcès est crevé, la mécanique est désamorcée.

Vincent, qui est le meilleur élève de sa classe, se plaint de maux de ventre et de tête toute l’année de sa quatrième, jusqu‘à faire une phobie scolaire : insultes, bousculades systématiques, vol de matériel, il subit le harcèlement permanent d’un groupe de sa classe. Informé, le principal répond à Vincent qu’il doit s’armer et à sa mère qu’elle ne doit pas entrer dans ces jeux de collégiens. En fin d’année, Vincent demande une orientation vers le Cned (études par correspondance). Au bout de deux ans et d’une psychothérapie, Vincent intègre un lycée et poursuit une scolarité normale.

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