Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

La neuro-psycho-biologie reste sulfureuse pour les bien-penseurs.

Extrait du chapitre IV (p. 175 à 185) du livre
De retour de Babel : Une histoire biosophique de l’humanité

Jack Baillet, Jean-Paul Demarez et Erik Nortier

Editions Estem – 20 janvier 2004

La neuro-psycho-biologie reste sulfureuse pour les bien-penseurs. Certes, la croisade lyssenkienne contre le génome morganien et capitaliste est obsolète et les champions du vitalisme se sont tus. Mais les intellectuels religieux continuent de défendre Dieu contre l’impiété darwinienne. Et les philosophes, ces chantres de l’imaginaire, décrètent que la nouvelle neuro- psycho- biologie menace l’Humanisme dont ils s’accordent l’exclusivité. Autour de la conscience vécue, ils retrouvent les joies de la dialectique en jouant au ping-pong esprit-cerveau.

La nouvelle neuro-psycho-biologie apparaît comme provocatrice aux yeux de certains, car ses protagonistes ont abandonné la distinction cartésienne entre l’esprit et les automatismes du corps, et rejoint la psyché des anciens Grecs, où s’opère la fusion des concepts de la vie et de l‘âme. Paul Chauchard, dans son livre de 1960, Le cerveau et la conscience, est clair là-dessus. “L’esprit n’est pas une production matérielle. C’est un processus particulier résultant du fonctionnement d’ensemble du cerveau et qu’on ne saurait ni localiser, ni isoler. Le cerveau n’est pas une machine actionnée du dehors par un esprit séparé. L‘âme ne se trouve pas sous le scalpel. Elle est immanente au cerveau, c’est-à-dire du même ordre que les fonctions cérébrales”. Et de s’opposer au spiritualisme qui professe pour l‘âme humaine la transcendance, “ce terme métaphysique qui indique qu’un phénomène est d’une nature ou d’un autre ordre que ses manifestations”. Max Delbrück, un physicien devenu un des pionniers de la biologie moléculaire, prix Nobel en 1969 pour ses travaux de génétique virale, a été un des premiers dans L’esprit à partir de la matière paru en 1977, après sa mort, à tenter d’expliquer comment la capacité de savoir et de comprendre a pu se développer à partir de la matière inerte. On peut accuser les neuro- psycho- physiologistes de “réductionnisme”, mais certainement pas de matérialisme. On accepte assez facilement le modèle où, à partir du codage rétinien, des voies parallèles adressent à diverses cartes corticales permettant la reconnaissance visuelle. On est plus interloqué par la manière dont le vivant crée le sens du Soi, du “self”, du Moi/je. Damasio “l’explique” en rappelant que le film réalisé par le système de la vision est mon film. « La conscience de soi est une partie intégrante du film et crée sur la même structuration le vu et le voyeur, la pensée et le penseur. Il n’y a pas de spectateur pour le film ». Ainsi la vue la plus “parcimonieuse”, chère aux scientifiques, est que la conscience émerge de l’activité neuronale sans l’intervention d’intermédiaire. L’expérience consciente est une donnée fondamentale, irréductible, qui se réfère à ce qu’est pour le cerveau d‘être dans l‘état fonctionnel correspondant, lorsqu’il s’agit d’un cerveau triunitaire à lobes préfrontaux suffisamment développés et, naturellement, d’un cerveau vivant. Mais quand J.P. Changeux publie L’homme neuronal en 1983, il commence une carrière de provocateur paisible et discret. De même, un réductionniste sans pitié comme Crick est-il trop jubilatoire lorsqu’il affirme, dans “l’hypothèse stupéfiante”, que « vous, vos joies et vos soucis, votre sentiment d’identité personnelle et de libre arbitre, ne sont en fait rien de plus que le comportement d’une vaste assemblée de cellules nerveuses et des molécules qui leur sont associées ».

tags: , , , , , , ,

---