Dynamiques de groupe et dynamiques tribales…
contre développement personnel et détribalisation.

Extrait de l'avant propos de René Kaës à la troisième édition

du livre Le Groupe et l’Inconscient

de Didier Anzieu

1999 – Dunod

Les thèses réunies dans l’ouvrage de 1975 ont pour la plupart d’entre elles été mises au point une dizaine d’années auparavant, elles ont déjà été exposées dans des articles et des conférences, le plus souvent dans des revues ou des associations de psychologues, ou dans des revues de culture générale, aucune dans une revue de psychanalyse. Un ouvrage collectif avait précédé de trois ans la parution de l’ouvrage personnel : Le travail psychanalytique dans les groupes (1972, Paris, Dunod) rassemblait les contributions de cinq psychanalystes que la question du groupe intéressait à différents titres : D. Anzieu, A. Bejarano, R. Kaës, A. Missenard, J.-B. Pontalis. Ce premier manifeste collectif d’un groupe de psychanalystes qui, avec d’autres collègues, s‘étaient réunis autour de D. Anzieu dans le CEFFRAP, avaient fait de cette association un véritable « élaboratoire » de la recherche psychanalytique sur les groupes. Ils s’inscrivaient à la fois dans une tradition de recherches portées jusqu’alors par la psychologie clinique et par la psychiatrie et dans une marginalité inconfortable par rapport aux institutions psychanalytiques françaises, enclines à considérer que la recherche psychanalytique ne pouvait que s‘égarer sur un terrain aussi obscur, celui-là même où s’affrontaient tant d’allégeances aliénantes, de conflits indicibles et la violence de quelques scissions.

Malgré cela, ou à cause de cela, il n’est pas exclu que cette marginalité ait fonctionné comme un aiguillon de notre recherche : en témoignent à mes yeux ces lignes écrites par D. Anzieu en 1975 sous ce titre vivifiant La psychanalyse encore : «Le problème n’est pas de répéter ce qu’a trouvé Freud face à la crise de l‘ère victorienne. Il est de trouver une réponse psychanalytique au malaise de l’homme dans notre civilisation présente… Un travail de type psychanalytique a à se faire là où surgit l’inconscient : debout, assis ou allongé ; individuellement, en groupe ou dans une famille…, partout où un sujet peut laisser parler ses angoisses et ses fantasmes à quelqu’un supposé les entendre et apte à lui en rendre compte. » J’ai souvent cité ce texte, sa force et son exigence font de lui un appel permanent vers la poursuite de l’aventure psychanalytique.

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